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Les vases communicants : chemins aléatoires ZJA



on est partis Zéo Zigzags Julien Boutonnier et moi  sur des chemins aléatoires avec la compagnie de Andy W. Marylin M. de la couleur beaucoup de couleurs de l'enfance forcément -  sur des chemins aléatoires on s'est arrêtés ici - on a fait valser la ponctuation le vent et puis - des morsures sont venues dans les mots - et puis ici - c'est ici ZJA - nos chemins aléatoires






là



















texte et photos Zéo Zigzags








PHOBIE










Enfant, il arrivait que je sois seul. Je me tenais droit près d’un ordre silencieux. Je regardais les champs par la fenêtre du salon. Ma présence avait pour substance la grande occasion d’un ennui. J’avais oublié, d’attendre, d’être un fils, d’être un copain, j’avais oublié mes attaches et j’écoutais les prophéties trop sûres des organes au dedans, des nuages en dehors. Je suis phobique. Je restais devant la fenêtre, vide et plein à la fois, sidéré, plongé dans une méditation aux ressorts effroyables. Longeant une lisière au delà de laquelle brûlait quelque chose, dense et vrai, aussi falsifié qu’une définition : une bohème limpide et sage, peut-être une morsure lamentable, peut-être une boiterie pensive. La solitude avait lieu sans doute. Derrière les pierres des ruines. Derrière les brumes tremblantes et leurs pas de velours. Et l’heure de mon sang, la minute de ma vie, trouvait une apparence songeuse, comme un reflet fragile et fastidieux, un regard qui ou bien pétrifie, ou bien vivifie. Je restais nu, provoqué, défendu par le retrait d’un territoire mystérieux. Mon esprit se ressourçait j’imagine, dans cet ennui que nul n’aurait pu revendiquer. Il soulevait des poids morts, aussi lourds que de longues promesses inutiles. Et dans cet effort incertain, il est probable qu’il ait trouvé l’occasion de contempler sa détresse la plus profonde. Mon ennui ne répondait pas en effet. Personne ne se dressait dans ce lieu des possibles. Nulle figure tutélaire pour répondre de moi. Il y avait les champs pluvieux qui scandaient la petite musique du paysage. Il y avait mon enfance qui s’éboulait à peu de frais, laissant le désordre me prendre en flagrant délit. Dans mon corps, une affirmation tenait lieu. Je n’aurais pas su ni voulu dire quelle en était la teneur. J’avais bien trop peur. Il aurait fallu que ma peau cesse. Et cela je le refusais. Une affirmation tenait en suspens dans mon nom. Je crois qu’elle consistait à la façon d’un regard trouble, quand les yeux du sujet vous déconcerte d’une ambiguïté sans remède. C’était comme vivre dans l’instant, sans aucune mesure. Et ma déréliction récusait la moindre mort, avec une telle effronterie. C’était si beau, cette fougue d’une misère mêlée à la fatigue de ma peur. Je soupirais dans une ardente confusion. Mon souffle n’aurait pas d’autre enjeu, jamais, que de taire et dire dans un même élan cette division nécessaire à l’amour. L’ennui serait mon viatique. J’en userais comme d’un pays qu’on creuse et qu’on éventre pour en extraire le chant. Mon doigt glissait parfois sur mes lèvres. J’étais perdu. Représentant ce vif qui nous percute à l’origine. Placardé sur une prière sans aucun temple où échouer. Plus d’une fois j’avais constaté mes tripes. Plus d’une fois je m’étais juré de trouver asile. J’oubliais, encore et encore, qu’il n’était pas de mon ressort de naître sur un sol. Une grande maladie, une maladie du passage et du vent, avait relégué la naissance dans le futur le plus lointain. Et dans un verset sans mots ni point je trouvais la tension nécessaire. Je n’aurais pas su dire, bien entendu, jusqu’où tout cela gardait sa consistance. Mais mon nom, lui, avait bien été porté vers ma présence depuis un lieu assurément plus improbable encore.


Texte et photo : Julien Boutonnier









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